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Les sanctions de l’Union européenne contre la Russie, suite au 19e paquet de sanctions

Paris, 23/2/2025 - mise à jour: 28/01/2026

Cet article, à jour du 19e paquet de sanctions du 23 octobre 2025, présente de manière synthétique les mesures adoptées par l'UE contre la Russie, en réaction à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Cette synthèse peut être utile aux entreprises pour leur permettre d'adapter leurs programmes en matière de sanctions-embargos, évolutifs par nature.​

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Depuis l'annexion de la Crimée en 2014, l'Union a adopté une série de mesures restrictives (ou sanctions) à l'encontre de la Russie ainsi que la Biélorussie et l'Iran, en raison de l’implication dans le conflit ou du soutien apporté par ces pays à la Russie.


Ces sanctions comprennent notamment des restrictions commerciales, des interdictions d'exportation de technologies sensibles, des gels d'avoirs financiers, ainsi que des restrictions d'accès au marché financier européen pour certaines entreprises russes.


Ces mesures visent à exercer une pression économique sur la Russie, ainsi qu'à affaiblir son industrie militaire, pour la forcer à respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine et à trouver une solution diplomatique à la guerre.

La connaissance et l'analyse de ces sanctions par les entreprises au regard de leurs activités sont d'autant plus importantes pour éviter les risques de répercussions ou d'allégations médiatiques qui peuvent impacter leur réputation ou leur cours de bourse.


Si ces mesures concernent principalement les entreprises conservant des relations commerciales avec la Russie, elles peuvent également affecter des entreprises qui contractent avec des personnes physiques ou morales contrôlées directement ou indirectement par des capitaux russes ou qui mettent en place des mesures de contournement des sanctions. ​


Ces sanctions s'inscrivent dans plusieurs régimes différents, détaillés ci-après.


1. Mesures prises en raison de l'agression militaire de la Russie contre l'Ukraine​

Dès 2014, l'UE avait déjà adopté des sanctions contre la Russie à la suite de l'annexion de la Crimée et de l'absence de mise en œuvre des Accords de Minsk, signés le 5 septembre 2014.


Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, l'UE a adopté progressivement de nouvelles sanctions contre la Russie. Jusqu'à présent, dix-neufs trains de sanctions ont été adoptés, dont le dernier date du 23 octobre 2025.


Les principaux textes de référence, s'agissant des sanctions européennes contre la Russie, sont :

  • le règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil, du 31 juillet 2014, qui donne effet à la décision 2014/512/PESC du Conseil du 31 juillet 2014 et qui prévoit un large éventail de mesures visant certains secteurs économiques et activités ;
  • le règlement (UE) n° 269/2014 du Conseil du 17 mars 2014 et la décision 2014/145/PESC du Conseil du 17 mars 2014 qui prévoient des mesures de gel des avoirs et des restrictions à l'entrée sur le territoire de l'UE contre des personnes physiques et morales désignées.

On peut également ajouter :

  • le règlement (CE) n° 765/2006 du Conseil du 18 mai 2006 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l'implication de la Biélorussie dans l'agression russe contre l'Ukraine ainsi que la décision 2012/642/PESC du Conseil du 15 octobre 2012 ;
  • le règlement (UE) No 692/2014 du Conseil du 23 juin 2014 concernant des restrictions sur l'importation, dans l'Union, de marchandises originaires de Crimée ou de Sébastopol, en réponse à l'annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol ;
  • le règlement (UE) n°2022/263 du Conseil du 23 février 2022 qui prévoit des mesures restrictives relatives aux zones non contrôlées par le gouvernement ukrainien dans les oblasts de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporija.

Il est nécessaire de se référer à la version consolidée de ces textes, qui ont fait l'objet de modifications successives.

Enfin, le Conseil a adopté le 20 juillet 2023 des mesures restrictives en raison du soutien militaire de l'Iran à la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine (Règl. (UE) n°2023/1529 du Conseil, 20 juill. 2023 : JOUE n° L 186, 26 juill.). ​


a) Les sanctions générales contenues dans le règlement 833/2014

Le règlement 833/2014 est le texte identifiant les sanctions sectorielles contre la Russie. Ce document énonce de très nombreuses mesures que doivent respecter les entreprises, dont la lecture et la compréhension ne sont pas aisées.


Des mesures aux objectifs variés

À la date de cet article, les sanctions prévues par ce texte consistent principalement dans les restrictions suivantes :


Restrictions sur les échanges commerciaux :


Exportations : interdiction d'exporter vers la Russie depuis l'UE des biens et technologies (généralement listés dans les annexes du Règlement) dans les secteurs suivants :


  • Défense & sécurité et Biens à double usage, avec des restrictions particulières pour les entités (y compris des personnes et entités non russes) associés au complexe militaro-industriel russe ;
  • Aviation, industrie spatiale et navigation maritime ;
  • Biens susceptibles de contribuer au renforcement des capacités industrielles russes ;
  • Energie (Interdiction de nouveaux investissements dans le secteur de l’énergie russe ; Interdiction de fournir des équipements, technologies et services destinés à l’industrie du pétrole et au raffinage ou à la liquéfaction de gaz naturel ; autres interdictions relatives au gaz naturel et au GNL) ;
  • Secteur minier (Interdiction de nouveaux investissements dans le secteur des industries extractives) ;
  • Produits de luxe (dont la valeur dépasse 300€).
  • Certains logiciels de gestion d'entreprise, de conception et de fabrication industrielles ou utilisés dans le secteur bancaire et financier.

​​
Importations : interdiction d'importer dans l'UE, directement ou indirectement, les biens et produits suivants :

  • Pétrole (Interdiction d'importer du pétrole brut et des produits pétroliers dans les États membres depuis la Russie, à l'exception temporaire du pétrole brut livré par oléoduc; Interdiction d'importer des produits pétroliers raffinés fabriqués à partir de pétrole brut russe et provenant de certains pays tiers ; plafonnement des prix concernant le transport maritime de pétrole brut à destination des pays tiers ; interdiction de stockage temporaire de pétrole russe sur le territoire de l’Union) ;
  • Interdiction des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe à partir du 25 avril 2026 pour les contrats à court terme et du 1er janvier 2027 pour les contrats à long terme ;
  • Matières premières (produits sidérurgiques, or, diamants, aluminium primaire) ; 
  • Biens et technologies générant des revenus importants pour la Russie (notamment le charbon, l'hélium et les gaz de pétrole liquéfiés) ;
  • Biens culturels ukrainiens.  ​

Sanctions contre certains médias russes : interdiction pour certains médias russes listés dans le Règlement, ​de diffuser leur contenu dans les pays membres de l'UE ;


Restrictions sur les services de conseils au gouvernement russe et aux entités établies en Russie, dans les domaines suivants : 


  • ​Conseil juridique ;
  • Comptabilité, contrôle des comptes et conseils fiscaux ;
  • Services en matière d'entreprise et de gestion ou des services de relations publiques ;
  • Services de construction, d'architecture et ingénierie ;
  • Services de publicité, d'études de marché et de sondages d'opinion ;
  • Services de conseil informatique ;
  • Des services spatiaux commerciaux d'observation de la Terre ou de navigation par satellite ;
  • Des services d'intelligence artificielle consistant en l'accès à des modèles ou à des plateformes pour leur entraînement, leur réglage fin et leur inférence ;
  • Des services de calcul à haute performance, y compris l'accès au calcul accéléré par Graphic Processing Unit, ou des services d'informatique quantique ;
  • Services directement liés aux activités touristiques en Russie.

RESTRICTIONS EN MATIERE CONTRACTUELLE ET D'ACCES AUX MARCHES PUBLICS : ​​

  • Interdiction de passer ou de poursuivre l'exécution de certains marchés publics ou de concession relevant du champ d’application des directives sur les marchés publics à ou avec un ressortissant russe, une personne physique résidant en Russie ou une personne morale établie en Russie ;
  • Interdiction de contracter avec et d’occuper des postes de directions dans certaines entités russes ;
  • Interdiction totale des transactions en lien avec les gazoducs Nord Stream 1 et 2 ;
  • Interdiction de participer directement ou indirectement à toute transaction avec i) le Russian Direct Investment Fund (RDIF), ii) ses sous-fonds et entreprises, iii) certaines entreprises dans lesquelles le RDIF a investi ;
  • Interdiction d'acquérir une participation dans des entités enregistrées dans des certaines zones économiques spéciales, d'innovation ou préférentielles de la Fédération de Russie ;
  • Interdiction en matière d’assurance de navires ou d'aéronefs qui ont été exploités, directement ou indirectement, par le gouvernement russe ou par une personne établie en Russie.
  • Interdiction de toute transaction impliquant des ports, écluses ou aéroports russes listés en annexe du règlement et utilisés notamment pour le transfert d’UAV (véhicules aériens sans pilote), de missiles ou technologies connexes, pour le transport maritime de pétrole brut ou pour le contournement des dispositions du Règlement ;​

RESTRICTIONS EN MATIERE FINANCIERE: 
  • Interdiction de passer ou de poursuivre l'exécution de certains marchés publics ou de concession relevant du champ d’application des directives sur les marchés publics à ou avec un ressortissant russe, une personne physique résidant en Russie ou une personne morale établie en Russie ;
  • Interdiction de contracter avec et d’occuper des postes de directions dans certaines entités russes ;
  • Interdiction totale des transactions en lien avec les gazoducs Nord Stream 1 et 2 ;
  • Interdiction de participer directement ou indirectement à toute transaction avec i) le Russian Direct Investment Fund (RDIF), ii) ses sous-fonds et entreprises, iii) certaines entreprises dans lesquelles le RDIF a investi ;
  • Interdiction d'acquérir une participation dans des entités enregistrées dans des certaines zones économiques spéciales, d'innovation ou préférentielles de la Fédération de Russie ;
  • Interdiction en matière d’assurance de navires ou d'aéronefs qui ont été exploités, directement ou indirectement, par le gouvernement russe ou par une personne établie en Russie.
  • Interdiction de toute transaction impliquant des ports, écluses ou aéroports russes listés en annexe du règlement et utilisés notamment pour le transfert d’UAV (véhicules aériens sans pilote), de missiles ou technologies connexes, pour le transport maritime de pétrole brut ou pour le contournement des dispositions du Règlement ;​

RESTRICtions d’accès au territoire de l’UE :  

  • Interdictions d’accès au territoire de l’UE via l’espace aérien, les ports & écluses ou le réseau routier visant certaines entités russes ou opérant en Russie ;
  • Restrictions d’accès visant le personnel diplomatique ou consulaire de la Russie.​


Interdiction d'accès aux ports de l’UE et de fourniture de services liés au transport maritime

  • Ces interdictions visent les navires (y compris de pays autres que la Russie) utilisés pour la violation ou le contournement des sanctions (la « flotte fantôme russe ») ou appartenant à des personnes faisant l’objet d’un gel des avoirs ;​

RESTRICTIONS EN MATIERE DE PROPRIETE INTELLECTUELLE : 
  • Interdiction d’enregistrement de droits de propriété intellectuelle, déposées par des ressortissants russes ou par des personnes physiques ou morales résidant ou établies en Russie ;

RESTRICTIONS VISANT A LUTTER CONTRE LES INGERENCES RUSSES DANS L’UNION EUROPEENNE : 
  • Interdiction pour les ressortissants ou résidents russes d’occuper des postes au sein des infrastructures critiques européennes ;
  • Interdiction pour les partis politiques de percevoir des financements du gouvernement russe ou de personnes contrôlées par l’Etat russe ;
RESTRICTIONS RELATIVES AUX DECISIONS DE JUSTICE RUSSES : 
  • Interdiction d'exécuter dans l'Union Européenne des décisions de justice prononcés en vertu du code de procédure d'arbitrage russe.
  • Rejet de toute demande d'indemnisation, de la part i) de personnes énumérées aux annexes du Règlement 833/2014 ou de leurs filiales, ii) de toute autre personne, entité ou organisme russe et iii) de personnes agissant par l'intermédiaire ou pour le compte de ces personnes, en raison des mesures instituées par le Règlement 833/2014, et non-reconnaissance dans l'UE des procédures d'arbitrage qui ne seraient pas menées dans un Etat membre, et invoquées par ces personnes ;
  • Possibilité, pour un Etat membre, de recouvrer des dommages et intérêts supportés à la suite d'une procédure de règlement des différends entre investisseurs et États, introduite contre cet État membre en rapport avec des mesures instituées en application du Règlement 833/2014 ou du Règlement 269/2014.

En outre, l’article 12 du règlement interdit « de participer sciemment et volontairement à des activités ayant pour objet ou pour effet de contourner » les interdictions énoncées dans le règlement.

Enfin, le Règlement comprend également des mesures « anti-contournement » des sanctions, dont :​
  • L’obligation pour les entités de l’UE détenues directement ou indirectement à plus de 40% par des personnes ou entités russes de notifier tout transfert de fonds supérieur à 100.000 EUR effectué en dehors de l'UE ;
  • L’obligation pour les exportateurs, lors d'une opération de vente vers des pays tiers, d’interdire contractuellement la réexportation vers la Russie de certains biens ou technologies (biens liés à l’aviation et carburants d’aviation ; armes à feu et munitions ; articles communs hautement prioritaires énumérés à l'annexe XL du Règlement) ;
  • L’obligation, pour les vendeurs et exportateurs d’articles communs hautement prioritaires énumérés à l'annexe XL du Règlement d’identifier et évaluer les risques d'exportation vers la Russie ou vers des pays tiers non-partenaires de l’Union Européenne de ces biens ou technologies, et de mettre en œuvre des mécanismes de diligences raisonnable, de contrôles et procédures visant à gérer efficacement ces risques. 

​Compte tenu de la complexité de ce système des sanctions, ainsi que des nombreuses exceptions prévues à chaque article, il convient de se référer au texte du règlement 833/2014 pour connaître le détail des mesures.​


Des mesures difficiles à appréhender

Le règlement 833/2014 reste néanmoins difficile à mettre en œuvre. En effet, de nombreuses modifications et ajouts ont été apportés successivement au texte. Même si la publication de versions consolidées aide à identifier les sanctions, l’ajout de sanctions au fil du temps, en fonction de lacunes identifiées dans le régime préexistant, rend difficile la compréhension de leur champ d’application précis.

En outre, la plupart des sanctions prévoient des exceptions relativement détaillées à leur application. Ainsi, les interdictions visant l’exportation de biens et technologies sont en général assorties d’exceptions lorsque ces biens sont destinés à des fins humanitaires, médicales ou pharmaceutiques. Les restrictions à l’importation de pétrole connaissent également plusieurs exceptions, notamment pour les États membres de l’UE enclavés.

Les annexes au règlement 833/2014 listant les produits, biens ou technologies faisant l’objet de restrictions à l’importation sont d’une grande complexité de lecture. Elles rentrent dans un tel niveau de détail, quant aux caractéristiques techniques des produits visés, qu’il est parfois difficile, même pour les spécialistes des produits en question au sein des entreprises potentiellement concernées, de déterminer si certains de leurs produits sont ou non couverts par les sanctions.

L’ensemble de ces facteurs rend difficile l’analyse des obligations pesant sur les ressortissants de l’UE tenus d’appliquer les sanctions.

Cette difficulté est reconnue implicitement par le règlement lui-même, dont l’article 10 prévoit que « les actions entreprises par des personnes physiques ou morales […] n'entrainent pour eux aucune responsabilité de quelque nature que ce soit, dès lors qu'ils ne savaient ni ne pouvaient raisonnablement soupçonner que leurs actions violeraient les mesures énoncées dans le présent règlement ». Cet article crée ainsi une certaine ambiguïté quant aux obligations pesant de manière effective sur les entreprises.

b) Les sanctions individuelles​

Aux sanctions générales énoncées dans le règlement 833/2014 s'ajoutent des sanctions individuelles qui visant certaines personnes et entités. ​


Ces sanctions individuelles sont prévues par le règlement 269/2014.


Personnes et entités concernées 

Il s'agit notamment  :

  • des personnes physiques responsables d’actions ou de politiques qui compromettent l’intégrité territoriale  de l’Ukraine ;
  • des personnes morales, entités ou organismes qui apportent un soutien matériel ou financier à ces actions ;
  • des femmes et hommes d’affaires influents exerçant des activités en Russie et les membres de leur entourage, et les entités qui fournissent une source substantielle de revenus au gouvernement russe ;
  • des personnes physiques ou morales qui facilitent le contournement des sanctions adoptées par l’Union européenne à l’encontre de la Russie, ou qui mettent en échec d’une autre manière ces dispositions de façon significative ;
  • des entités établies en Russie, précédemment détenues par des entités établies dans l’Union, qui ont été expropriées par le gouvernement russe, les personnes physiques ou morales, qui ont bénéficié d’un tel transfert, et les personnes physiques qui ont été nommées au sein des organes directeurs de ces entités en Russie sans le consentement des entités de l’Union qui les détenaient ou contrôlaient auparavant.​
  • des personnes et entités qui possèdent, contrôlent, gèrent ou exploitent des navires transportant illégalement du pétrole depuis la Russie ;
  • des personnes et entités qui appartiennent, soutiennent ou bénéficient directement des activités liées au complexe militaro-industriel russe. 
D’après le Conseil, ces sanctions visent actuellement près de 2.700 personnes et entités au total, dont Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères ainsi, par exemple, que les organisateurs des élections truquées au sein des territoires ukrainiens non contrôlés, des hauts gradés militaires et oligarques notamment à la tête de société dans le secteur militaro-industriel, et les responsables des enlèvements d’enfants ukrainiens.
Une liste à jour des personnes physiques et morales faisant l’objet de mesures restrictives est accessible via le Registre national des gels de la Direction générale du Trésor (https://gels-avoirs.dgtresor.gouv.fr/).


Natures des mesures 

LES INTERDICTIONS DE VOYAGER

Ces sanctions visent les personnes physiques uniquement. Les interdictions de voyager empêchent les personnes inscrites sur la liste figurant en annexe de la décision 2014/145/PESC du Conseil de pénétrer sur le territoire de l'UE ou de transiter par celui-ci, que ce soit par voie terrestre, aérienne ou maritime. 


LE GEL DES AVOIRS

Ces sanctions visent les personnes physiques comme les personnes morales

Le gel des avoirs signifie que tous les comptes appartenant aux entités inscrites sur la liste figurant en annexe du Règlement 269/2014 et de la décision 2014/145/PESC du Conseil précités, ouverts dans des banques de l'UE sont gelés, sauf dérogations prévues dans le Règlement 269/2014.

Il est également interdit de mettre à la disposition de ces personnes, directement ou indirectement, des fonds ou des avoirs.


Ainsi, les personnes visées ne peuvent pas utiliser leurs comptes bancaires européens (ni celui d'une société qu'elles contrôlent) pour payer ou recevoir des paiements ; et tous les revenus issus d'un bien, mobilier ou immobilier, et reçus sur le compte sont gelés (perception de loyers, ventes interdites, etc.).


D'après le Conseil européen, le montant des avoirs privés gelés s'élève à 24,9 milliards d'euros et le montant des actifs de la Banque centrale de Russie bloqués dans l'UE s’élève à 210 milliards d’euros (Le point sur les sanctions de l'UE contre la Russie - Consilium).


Dans ce cadre, les établissements bancaires européens, devant respecter une obligation de diligence, ne peuvent recevoir des fonds provenant d'une transaction effectuée par une personne ou entité soumise au gel des avoirs conformément aux sanctions établies par l'Union.


Les personnes physiques et morales, les entités et les organismes résidants ou établis dans l'Union européenne ont l'obligation de : 

  • communiquer à l’autorité compétente de leur État membre toutes les informations susceptibles de faciliter la mise en œuvre du Règlement (UE) n° 269/2014, telles que celles concernant les fonds et les ressources économiques se trouvant sur le territoire de l’Union et gelés (ou qui auraient dû l’être) conformément au Règlement   (UE) n° 833/2014 ;
  • coopérer avec l’autorité compétente aux fins de la vérification de ces informations, selon l’article 8 du règlement (UE) n° 269/2014.
  • tout mettre en œuvre pour s'assurer que toute personne morale, toute entité ou tout organisme établi en dehors de l'Union qu'ils détiennent ou contrôlent ne participe pas à des activités qui vident de leur substance les mesures restrictives.

​Toutefois, les mesures de gel des avoirs ne sont pas, et ne peuvent entraîner à elles-seules, des mesures de confiscation de ces avoirs. Cela nécessite en effet une décision de justice, fondée sur des infractions pénales.

Remarque : en France, une telle infraction peut être caractérisée par la violation des sanctions elles-mêmes qui peut entraîner, outre des sanctions pénales, la confiscation des avoirs concernés, en vertu de l'article 459, § 1 bis du Code des douanes et des articles 131-39 et 131-21 du Code pénal. 

c. Les sanctions prises à l’encontre de la Biélorussie

Les sanctions adoptées par l'Union européenne contre la Biélorussie sont principalement contenues dans le Règlement (CE) n°765/2006 du Conseil du 18 mai 2006 concernant des mesures restrictives en raison de la situation en Biélorussie et de l'implication de la Biélorussie dans l'agression russe contre l'Ukraine (le « Règlement 765/2006 »), et la Décision 2012/642/PESC du Conseil du 15 octobre 2012 (nota : le Règlement 765/2006 fut adopté initialement en raison de la situation démocratique en Biélorussie).

Le Règlement 765/2006 fait l'objet de mises à jour régulières. En effet, les sanctions de l'Union européenne contre la Biélorussie sont à l'image des mesures adoptées à l'encontre de la Russie, et sont régulièrement mises à jour ou complétées. Les sanctions les plus récentes de l'UE contre la Russie et la Biélorussie ont ainsi été adoptées le 23 octobre 2025. Ces nouvelles mesures restrictives sont d'application immédiate. 

Les sanctions européennes contre la Biélorussie comprennent i) des sanctions individuelles visant certaines personnes et entités et ii) des mesures sectorielles visant à restreindre l'exercice de certaines activités.


i. Les sanctions individuelles

Les sanctions individuelles comprennent des mesures de gel des avoirs et des interdictions de voyager. Elles visent les personnes figurant en Annexe I du Règlement 765/2006 ainsi qu'en annexe des décisions PESC modifiant la décision 2012/642/PESC du Conseil.


ii. Les mesures sectorielles

Les mesures sectorielles visent à restreindre l'exercice de certaines activités en relation avec la Biélorussie. Il s'agit notamment d'interdictions :


​D'exportation vers la Biélorussie visant notamment :

  1. Les équipements susceptibles d'être utilisés à des fins de répression interne, les armes à feu,
  2. Les biens à double usage,
  3. Les biens et technologies susceptibles de contribuer au renforcement technologique et militaire ou des capacités industrielles de la Biélorussie
  4. Les biens et technologies utilisés dans le raffinage du pétrole et la liquéfaction de gaz naturel,
  5. Les biens et équipements électroniques ou de télécommunication,
  6. Certains logiciels listés aux Annexes IV et XXXII,
  7. Certains logiciels pour la gestion d'entreprise et la conception et la fabrication industrielles énumérés à l'annexe XXVI à la Biélorussie et aux personnes agissant pour son compte,
  8. Certaines machines listées à l'Annexe XIV, ainsi que
  9. Des interdictions visant les secteurs de l'industrie aéronautique, de la navigation maritime, du spatial et de la défense, et les articles de luxe ;
  • D'importation depuis la Biélorussie visant notamment les équipements militaires, l'or, les diamants, l'hélium, le charbon, les produits minéraux, y compris le pétrole brut, le ciment, les produits sidérurgiques, les produits en caoutchouc, les produits à base de chlorure de potassium, les produits du bois ainsi que certains produits qui permettent à la Biélorussie de diversifier ses sources de revenus ;
  • D'acquérir une participation dans toute entité opérant dans le secteur de l'énergie en Biélorussie ;
  • De fournir des services d'investissement ou d'aide à l'émission de valeurs mobilières à la République de Biélorussie, son gouvernement, ses entreprises publiques et certains établissements de crédit sous contrôle public biélorusse ;
  • De fournir certains services (ex comptables, juridiques et fiscaux, relations publiques) à la République de Biélorussie, son gouvernement et ses entreprises publiques ;
  • De fournir des services de surveillance ou d'interception des télécommunications ou de l'internet, au gouvernement biélorusse et à ses entreprises et agents publics ;
  • D'accorder des prêts ayant une échéance supérieure à 90 jours à la République de Biélorussie, son gouvernement, ses entreprises publiques et certains établissements de crédit visés à l'annexe IX du Règlement 765/2006 ;
  • De fournir des produits d'assurance ou de réassurance à la République de Biélorussie, son gouvernement et ses entreprises publiques ;
  • De participer, directement ou indirectement, à toute transaction avec quatre banques biélorusses identifiées à l'Annexe XV du Règlement 765/2006 ;
  • De participer à des transactions avec la Banque centrale de Biélorussie ;
  • D'accepter des dépôts supérieurs à 100.000€ de résidents ou ressortissants biélorusses ou de fournir à ces personnes des services liés aux crypto-actifs ;
  • De fournir des billets de banque libellés en euros à toute personne résidant en Biélorussie, y compris le Gouvernement et la Banque centrale de Biélorussie ;
  • De fournir un financement ou une aide financière publics en faveur des échanges commerciaux avec la Biélorussie ou des investissements dans ce pays ;
  • Visant les transporteurs routiers et aériens biélorusses, s'agissant de l'accès au territoire de l'Union européenne.

​d. Les sanctions prises en réponse à l’annexion de la Crimée et Sébastopol​

En raison de l'annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol par la Russie, l'UE a adopté, depuis 2014, une série de mesures qui comprennent notamment :

  • L’interdiction d’importer dans l’Union européenne des marchandises originaires de Crimée et de Sébastopol ;
  • L’interdiction d'acquérir des biens immobiliers ou de prendre des participation dans ou de financer une entité en Crimée ou à Sébastopol ;
  • L’interdiction d’exporter certains biens et technologies (énumérés à l’annexe II du règlement) ou de fournir une assistance technique ou des services de courtage en rapport avec ces biens et technologies ;
  • L’interdiction de fournir des services directement liés à des activités touristiques en Crimée ou à Sébastopol.​
  • L’interdiction de fournir des services de conseil (identique aux interdictions figurant dans le Règlement n° 833/2014) ;
  • L’interdiction de fournir certains logiciels pour la gestion d’entreprise, la conception et la fabrication industrielles, les droits de propriété intellectuelle ou les secrets d’affaires connexes. 

Ces restrictions se trouvent principalement dans le règlement (CE) n° 692/2014 du Conseil du 23 juin 2014 consolidé.


e. Les mesures relatives aux territoires ukrainiens non contrôlés ​

Le règlement (UE) 2022/263 du Conseil du 23 février 2022, tel que modifié par le règlement (UE) 2022/1903 du Conseil du 6 octobre 2022, prévoit certaines mesures restrictives en réaction à la reconnaissance, à l'occupation ou à l'annexion illégales par la Fédération de Russie de certaines zones d'Ukraine non contrôlées par le gouvernement ukrainien dans les oblasts de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporija (appelés les « Territoires désignés »).

Ces mesures restrictives sont des interdictions de :
  • importer dans l'Union des marchandises originaires des Territoires désignés ;
  • investir dans des biens immobiliers ou dans des entités dans les Territoires désignés ;
  • vendre, fournir, transférer ou exporter dans les Territoires désignés les biens et les technologies énumérés à l'annexe II du Règlement. Ces biens et technologies peuvent être utilisés dans les secteurs clés suivants : transports, télécommunications, énergie, prospection, exploration et production pétrolières, gazières et minières ;
  • fournir des services directement liés à des activités touristiques dans les Territoires désignés.
  •  fournir des services de conseil (identique aux interdictions figurant dans le Règlement n° 833/2014) ;
  • fournir certains logiciels pour la gestion d’entreprise, la conception et la fabrication industrielles, les droits de propriété intellectuelle ou les secrets d’affaires connexes. 

Remarque : une carte mise à jour régulièrement, faisant apparaître les Territoires désignés, est disponible sur le site du Ministère des Armées (https://www.defense.gouv.fr/ukraine-point-situation).


f. Les sanctions prises à l’encontre l’Iran 

Le 20 juillet 2023, le Conseil a adopté des mesures restrictives en raison du soutien militaire de l'Iran à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine (Règl. (UE) 2023/1529 préc.).
Ce nouveau régime de sanctions interdit l'exportation de l'Union vers l'Iran de composants utilisés dans la construction et la production de drones (« véhicules aériens sans pilote » ou UAV). Par ailleurs, des personnes et entités iraniennes figurent sur la liste des personnes et entités faisant l'objet de mesures restrictives, au motif qu'elles compromettent ou menacent l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine, notamment du fait de leur implication dans le programme iranien d'UAV. Cette liste figure dans le règlement (UE) 2023/1496 du Conseil du 20 juillet 2023.
 
Comme indiqué ci-dessus, ces mesures restrictives comprennent un gel des avoirs, avec l’interdiction pour les citoyens et entreprises de l'UE de mettre des fonds à disposition des personnes visées. Les personnes physiques sont, en outre, frappées d'une interdiction de voyager qui les empêche d'entrer sur le territoire de l'UE ou de transiter par celui‑ci.

2. Mesures prises en raison des violations des droits humains en Russie ​

L'UE a imposé des sanctions en réponse aux violations des droits humains en Russie dans le cadre de deux régimes de sanctions:
  • un régime mondial de sanctions en matière de droits humains : le règlement (UE) n°2020/1998 du 7 décembre 2020
  • un régime spécifique au pays : le règlement (UE) n°2024/1485 et la décision (PESC) 2024/1484 du 27 mai 2024, adoptées notamment suite au décès en prison de l’opposant politique Alexeï Navalny
Ces régimes instaurent des mesures restrictives visant des personnes physiques et morales (interdiction de pénétrer sur le territoire de l'UE et gel des avoirs, cf. I.2.b.ii ci-dessous).
Parmi les personnes visées figurent le service pénitentiaire fédéral de la Fédération de Russie, des juges, procureurs et magistrats impliqués dans le décès d’opposants politiques russes et des hauts fonctionnaires du système pénitentiaire et du ministère de la justice.

Le règlement (UE) n°2024/1485 cible quant à lui les personnes qui apportent un soutien financier, technique ou matériel à des personnes ou entités qui commettent des violations des droits humains en Russie ou qui sont impliquées dans ces violations.

Ce règlement instaure, en outre, des restrictions commerciales aux exportations d'équipements susceptibles d'être utilisés à des fins de répression interne (article 2 et annexe I), ainsi qu'aux équipements, technologies ou logiciels destinés principalement à la sécurité de l'information et à la surveillance ou à l'interception des télécommunications (article 3 et annexe II).

La liste des personnes faisant l’objet d’une mesure de gel des avoirs au titre du Règlement UE) n°2024/1485 a été complétée par le Règlement d’exécution (UE) 2025/958 du Conseil du 20 mai 2025. 

3. Mesures prises en raison de détournement de fonds appartenant à l’Etat ukrainien ​

Le règlement 208/2014 du Conseil et la Décision 2014/119/PESC du Conseil, du 5 mars 2014 (consolidés), prévoient un gel des avoirs de certaines personnes responsables du détournement de fonds appartenant à l'État ukrainien.

4. Mesures prises en réponse aux menaces hybrides de la Russie 

L'Union européenne a détecté un large éventail d'activités malveillantes menées par la Russie à l’encontre de l’Union européenne, ses Etats membres et des ressortissants. Il s’agit notamment de :
  • cyberattaques,
  • campagnes de manipulation de l'information et d'ingérence,
  • cas d'incendie criminel, de vandalisme et de sabotage,
  • instrumentalisation de la migration,
  • perturbation des communications par satellite,
  • violation de l'espace aérien européen et
  • commission d’attaques physiques contre des personnes sur le territoire de l'UE.
L’UE considère que ces activités s'inscrivent dans le cadre d'une vaste campagne hybride coordonnée de la Russie, visant à déstabiliser et à affaiblir l'UE et ses États membres, ainsi qu’à saper le soutien de l'UE à l'Ukraine.

Aussi, le Conseil a adopté le 8 octobre 2024 la Décision (PESC) 2024/2643, permettant de sanctionner les responsables de ces activités déstabilisatrices. Cette décision (modifiée le 16 décembre 2024) prévoit des interdictions de pénétrer sur le territoire de l'UE (pour les personnes physiques), un gel des avoirs et une interdiction de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des personnes visant des personnes physiques et des entités inscrites sur la liste.
 ​

Aussi, le Conseil a adopté le 8 octobre 2024 la Décision (PESC) 2024/2643 et le Règlement (UE) 2024/2642 concernant des mesures restrictives eu égard aux activités déstabilisatrices menées par la Russie, afin de sanctionner les responsables de ces activités déstabilisatrices. Ces textes (modifiés le 16 décembre 2024 et le 20 mai 2025 par les Règlements (UE) 2025/964 et 2025/965) prévoient :

  • Des interdictions de pénétrer sur le territoire de l'UE (pour les personnes physiques),
  • Un gel des avoirs et une interdiction de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition des personnes visant des personnes physiques et des entités inscrites sur la liste,
  • Une interdiction des transactions portant sur des actifs liés aux activités déstabilisatrices menées par la Russie, tels que les navires, les aéronefs, les biens immobiliers et les éléments physiques des réseaux numériques et de communication,
  • Une interdiction des transactions d'établissements de crédit, d'établissements financiers et d'entités fournissant des services sur crypto-actifs qui facilitent directement ou indirectement les activités déstabilisatrices de la Russie,
  • Une interdiction des activités de diffusion dans l'Union par des médias spécifiquement désignés.

Conclusion

Selon la Commission européenne, depuis février 2022, l'UE a interdit des exportations de biens vers la Russie représentant une valeur de plus de 48 milliards d'euros et des importations de biens russes représentant une valeur de 91,2 milliards d'euros. Par rapport aux volumes d'exportations et d'importations de 2021, 54 % des exportations et 58 % des importations sont actuellement sous embargo (Le point sur les sanctions de l'UE contre la Russie - Consilium​).
 
S’il est difficile d’évaluer l’impact à long terme des sanctions sur la Russie, celle-ci semble avoir résisté mieux que prévu aux mesures prises jusqu’à maintenant par l’UE, tant du point de vue de son économie en général, que de sa capacité à mener la guerre.
Cet impact relatif peut s’expliquer notamment par le fait que les sanctions ne sont pas « globales » - elles ne sont appliquées que par certains pays - et que la Russie a trouvé des moyens de contourner ces sanctions et d’acquérir tout de même les biens et technologies lui permettant de continuer la guerre. ​

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